(...) Le soir, exténués, nous décidons de ne pas trop nous éloigner de la route. Nous demandons si nous pouvons poser la tente, près d’une station service Luk, perdue dans la steppe. Nous rpofiterons de son point d’eau et des casse-croûte qu’on y trouve. Nous faisons la connaissance d’Igor, le garde du site à l’arme automatique chargée. Il nous explique que c’est dangereux par ici. Nous échangeons pas mal, tentons des blagues vaseuses en russe, du genre "Luk, je suis ton père", et passons un temps fou dans des explications impossibles , ce qui nous fait bien plus rire que ladite galléjade... Plus sérieusement, il nous confie que, comme beaucoup, il regrette énormément l’ère soviétique (il pouvait s’acheter une paire de chaussures pour trois roubles). Il y avait du travail pour tous, et aujourd’hui les salaires sont à la traîne par rapport à l’inflation (...).

Famille nous ayant accueilli en Ouzbékistan

(...) En chemin, une voiture se gare et nous fait signe de nous arrêter. Une Mamie, assise sur la banquette arrière, s'excuse de nous ‘’déranger’’ et nous tend du pain et des abricots secs. Un peu plus loin, un papy russe (non, pas du Nil !), qui roulait dans l'autre sens, fait de même. Il veut nous inviter à prendre le thé et à casser la croûte. Nous déclinons, nous ne pouvons faire dix repas par jour ! Une petite heure plus tard, le même papy, cette fois-ci de notre côté de la route, nous oblige à le suivre dans un petit restaurant. On lui dit ok, mais juste un thé, et cinq minutes... Il acquiesce. Le guet-apens fonctionne à merveille, c'est l'orgie. Il nous installe à table avec son fils, son petit fils et un de ses collaborateurs, et nous fait apporter trois bouteilles de soda, une bouteille de mousseux, du thé, du pain, des salades de légumes frais et en conserve, avec du fromage.
Nous sommes fortement incités à manger. Puis arrivent les mantis (gros raviolis au mouton et au gras). Ensuite il nous commande des chachliks...ah non, please, pas les chachliks ! En fait, bonne surprise, sur ma première brochette, je n'ai aucun bout de gras ! Ce qui n’est pas le cas des suivantes... Bref, nous essayons de nous enfuir, mais impossible. Il nous invite à passer la nuit chez
lui. Survient le tour de la vodka. Il nous demande si nous avons eu froid, ce à quoi nous répondons par l’affirmative en tombant tout droit dans le panneau : bonne raison pour nous servir de cet
alcool ! Nous trempons les lèvres, berk ! D’abord, une sensation de chaleur envahit la bouche grillant papilles et commandant une contraction féroce de la langue, qui se recroqueville et dont le bout vient se coller au palais, cherchant un apaisement contre une chair non ‘’souillée’’. Ensuite, après une courte réflexion, le cerveau, intrépide et kamikaze, ne voulant faire régurgiter sous peine de vexer nos convives, ordonne la déglutition. Là, l’œsophage rechigne à faire passer le breuvage, jusqu’à finalement s’en débarrasser. Reste à l’estomac et au foie à dealer et épurer la substance nocive.
Enfin, les mandibules se resserrent, un rictus prend place et une ou deux larmes viennent humecter la cornée jusqu’à l’apaisement… Le goût qui stagne dans le gosier est alors à mi-chemin entre le
lave-glace été démoustiqueur Casino et un sirop antibiotique à l’amoxicilline périmé. Je me demande comment ils font pour en boire, surtout pure. Eux, avalent tout de suite derrière un verre de soda ou ingurgitent une rondelle de tomate, signe ostentatoire de difficulté notoire. J'arrive tant bien que mal à absorber le tord-boyaux… Ils m'en resservent une rasade ! L'antigel, c'est bon pour ce qu'on a, mais là, s'en est trop !

Enfin, nous réussissons à nous extirper de ce sympathique piège. Séance de photos, et embrassades... Drôles de coutumes, ces messieurs essaient de m'embrasser sur la ...bouche ! J’évite de justesse ce calvaire. Quand à Stef, le papy lui fait un baisemain mais en lui léchant le petit doigt !, (...)