Le mausolée Bibi Jawindi à Uch Charif (Pakistan), ville fondée par Alexandre le Grand ! Petite merveille architecturale, de face, rien à dire, par contre l'arrière s'est fait emporté lors d'un glissement de terrain !

Uch est situé près de Bahâwalpur, alors voici quelques lignes concernant notre passage dans cette cité :

Bahâwalpur, comme toute grande ville (c’est vrai qu’ici, une ville de cinq cent mille habitants est à peine une grosse bourgade) du sous-continent qui se respecte, est étonnamment poussiéreuse et
polluée, quoique les habitants y fassent des efforts, et balayent tous les matins devant leur porte, rassemblant les détritus en tas.
Certains y mettent le feu, et avec les plastiques, l'air a tendance à prendre à la gorge, qui nous gratte de plus en plus. (...)

Enfin, nous pouvons reprendre notre routine à nous ! Nous traversons les plaines fertiles de l'Indus dans la vaste région du Punjab. Températures clémentes, palmiers dans les champs de blé ou de riz,
la pollution est derrière nous, et nous respirons à pleins poumons l'air du berceau d'une des plus anciennes civilisations de notre belle planète.

Les gens sont curieux, et nous créons des attroupements en moins de temps qu'il ne faut pour le prononcer. Cinquante ou cent personnes sortent de nulle part, sorte de génération spontanée, et viennent s'agglutiner comme des abeilles autour d'un pot de miel. Certes notre vélo est jaune… Chose étrange pour nous, ils n'ont rien à faire, mais alors rien du tout, de notre monture, et ne s'intéressent qu'à nous. Nous pouvons laisser le tandem contre un arbre, chargé, avec les casques et les gants accrochés sur les guidons, personne n'y touche, ils n'ont d'yeux que pour les blancs becs que nous sommes... Ils nous observent d'abord en silence, avant de nous poser mille questions.

(...)

Les midis, nous nous arrêtons dans les villages pour casser la croûte, mais un village pakistanais, ce n'est pas Saint-Julien-Molin-Molette, ça grouille dans tous les sens. Nous choisissons toujours un endroit où les marmites semblent mijoter depuis des heures, histoire de zigouiller amibes et autres bestioles potentiellement méchantes pour notre tube digestif. Dans ces gros faitout bouillonnent des
lentilles, des pois chiches, des patates, toutes sortes de très bonnes choses, et pas trop trop épicées. Enfin si, c'est très épicé, mais c’est encore digérable. Ça pique les lèvres et la bouche, mais c'est supportable. Ce que nous découvrons un peu plus tard à nos dépens, c’est que, en revanche, ce sont... nos fesses qui nous piquent très très fort. On se demande d'ailleurs comment il est possible que ça éperonne tant à l'autre bout des tuyaux...

 

 

 

 

Le seul grand mausolée construit au Kazakhstan (Turkestan), nomadisme séculaire oblige !

Enfin nous mettons les voiles ! Visas en poche pour la suite du voyage, nous reprenons le tandem avec envie, mais dans le froid. Près d’un mois s’est écoulé et l’hiver, précoce en cette année, s’installe tranquillement (...). Nous sortons de la capitale, et trouvons assez vite des routes plutôt calmes et peu circulées. Nous comptons rejoindre Samarkand (annoncée à trois cents kilomètres) en trois jours. Dans la tente il fait zéro, et nous devons bien nous habiller dans nos duvets, un peu justes pour de telles températures. Nous prenons conscience que nos têtes sont restées couvertes depuis notre départ de Tachkent : casque avec ou sans capuche en dessous lorsque nous roulons, bonnet dès que nous descendons du vélo, et capuche du duvet dans la nuit ! Nous avons de grosses
courbatures, surtout aux mollets. La reprise a été un peu brutale, après tant d'arrêt… Nous marchons comme des cow-boys, mais une fois chauds, nous ne sentons plus rien.

Sur la route, la valse des cadeaux de saison reprend : kakis, grenades, pains, noix, abricots secs, nous n'allons pas mourir de faim. Même au restaurant, on nous offre le gîte et le couvert ! De bons Laghmans (soupe de pâtes avec du mouton) au dîner, comme au petit-déjeuner d'ailleurs. Certes, au réveil, c’est un peu hard…

Nous nous rendons compte que les cartes nous auraient menti. C'est plus de trois cent soixante-dix kilomètres qui séparent la capitale de la légendaire Samarkand, et notre troisième et dernière étape
s’en trouve rallongée, avec le vent de face qui plus est. En arrivant à Jizzak, plusieurs routes sans indication s'offrent à nous. Nous demandons notre chemin à deux messieurs :

-Bonjour, excusez-moi, Samarkand, c'est par là ?

-Oulla, non oullala !

-C'est par où alors ?

-Foulala, non, pas du tout ! Ici c'est Jizzak.

-Oui, merci, mais Samarkand ?

-Mes pauvres, Samarkand, c'est loin !

Nous trouvons finalement, seuls, notre route, et nous nous arrêtons pour manger, comme d'habitude dans une chaikhana (littéralement : maison de thé) (...).