Le 10/06/2013 : Quelques jours en Argentine avant d'entrer au Paraguay

 

Qu'il est agréable d'avoir une conversation complète en espagnol après tant de difficultés avec le portugais ! Quoique l'échange tourne assez rapidement au vinaigre. Le douanier veut voir nos autorisations de circuler à vélo ! Nous lui expliquons notre petit tour et notamment notre parcours dans les autres provinces d'Argentine, espérant lui démontrer que nous connaissons quelques ficelles, surtout vis à vis des officiels. Il comprend vite qu'il n'arrivera pas à obtenir le moindre peso de notre part, et après les traditionnels coups de tampons, nous filons vers les bords du fleuve pour un joli bivouac.

 

Les gens sont toujours aussi sympathiques et aidant... sauf quand il s'agit d'avoir des informations sur la route. On nous conseille de prendre la nationale, que nous avions trouvée bien trop dangereuse lors de notre passage en voiture avec les parents. Il existe pourtant bien une route secondaire, que peu semblent connaître. Plus longue et partiellement en terre, elle n'a pas vraiment de raison d'être empruntée. Et pour avoir une idée précise de son état... c'est mystère et boule de chewing-gum. Nous aimerions en faire notre itinéraire pour éviter la circulation et les poids lourds, sans pour autant avoir à s'embourber jusqu'au moyeu et se badigeonner d'argile rougie à l'oxyde de fer.

 

Conciliabule au quartier général. Au pied de notre tente, nous optons pour la petite route, sans vraiment savoir à quelle sauce nous allons être mangés. Au départ, les quelques villages proches de Santo Tomé font que quelques motos cheminent. Vu le barbouillage de terre collante en voie d'assèchement sur les carénages, nous allons certainement prendre du bon temps ! La route s'avère être un mélange de vieux bitume croûté, soumis à une sauvage tectonique de la part des grumiers chargé de troncs de pin, de sable et de glaise carmin et collante ; un petit air de Roland Garros arrosé par les pluies de printemps dans la capitale. Les Egyptiens auraient adoré y piocher pour graver quelques hiéroglyphes. La vallée du Nil, c'est pas à côté, c'est vrai...

 

L'avantage, c'est que nous sommes seuls, ou presque, et que nous pouvons slalomer librement entre les trous et les ornières, sauf à l'approche des camions qui transportent le bois débité par les tronçonneuses. La forêt originelle a été remplacée par des essences qui poussent plus vite et plus facilement utilisable par l'Homme, générant de meilleurs profits. Parfois un pont enjambe des marais, où yakarés et capybaras doivent probablement jouer à cache-cache en toute tranquillité. Des dizaines d'espèces d'oiseaux batifolent, notamment l'étonnamment gracieux cardinal rouge avec ses cheveux en bataille sur le haut de son crâne.  

 

 

Soixante-quinze kilomètres plus loin, nous arrivons à Azara. Il est tard, enfin pas plus que cela en réalité, mais, le solstice approchant la nuit tombe vite et tôt. Nous demandons à camper près de l'Eglise, où nous sommes reçus par un prêtre allemand et un jeune séminariste, d'Outre-Rhin également. Dans les rues, les têtes blondes pullulent, ce qui sied à merveille avec les ocres alentours. Les Polonais ont également investi les lieux : les entrées d'estancia tout comme les devantures de magasins sont surmontées d'enseignes dont les noms en « ski » semblent familiers. Quels mélanges d'arrivages successifs ce continent !

 

Ces derniers matins, la brume s'invite en matinée, ce qui a tendance à nous rouiller les rotules et les têtes de fémur. Juste une histoire de quelques heures avant que le vent et notre étoile ne balayent les fines gouttelettes. En route pour San Jose, nous croisons un petit papy sur un vélo de route. Il s'arrête et nous taillons le bout de gras, et que se racontent des cyclistes qui se croisent ? Des histoires de cyclistes, bien entendu. Arrive le moment où nous zieutons nos montures respectives. Stupeur ! Notre homme roule sur un Vitus 992... bicyclette fabriquée à Saint-Etienne ! La marque, pionnière dans pas mal de domaines, notamment dans la construction de cadres en tubes d'aluminium collés dans des manchons, puis dans celle des premiers cadres en fibre de carbone, a depuis été rachetée. C'était l'époque où deux millions de vélos étaient fabriqués en France et où la vallée du Gier sortait toutes les pièces nécessaires au montage d'un vélo. Acheté à Buenos Aires il y a plus de vingt ans, notre interlocuteur en fait la louange : confortable, incassable, de quoi rappeler, s'il en était besoin, qu'un savoir-faire exceptionnel s'est évanoui. Deux vélos stéphanois qui se rencontrent dans la province de Missiones en Argentine, c'est quand même pas banal !

 

Bivouac en bord de route au pied d'une statue de la vierge, puis encore un peu plus de trois heures à pédaler et nous arrivons à Posada, la capitale régionale. Entre-temps, une interview de la télévision, en espagnol dans le texte ! Nous qui n'en parlions pas un mot en arrivant, pouvons constater les progrès réalisés. Un peu perdus dans la ville, désertée puisque nous sommes dimanche, nous sommes invités par Dario, qui s'est mis au vélo récemment et qui termine des études d'anthropologue. Il nous accompagne dans les beaux quartiers, près de la costanera, qui s'apparente aux ramblas de Montévidéo. Un barrage construit en aval avec le Paraguay sur le Parana permet de produire de l'électricité. Des quartiers ont été ensevelis et la municipalité, tout comme celle d'Encarnacion, en face au Paraguay en ont profité pour réaménager les berges, faire des plages et un large trottoir. On y vient boire du maté, faire du roller, crapahuter, sortir les poussettes, jouer au foot dans le sable ou retenir des cerfs-volants qui n'ont pas de mal à monter dans la brise.

 

Après le stade, nous le suivons descendre une petite ruelle tranquille. Puis nous tournons vers une immense villa en brique. Wouah, la classe ! Il saute de son VTT et ouvre la porte d'un garage. C'est ici qu'il vit, il le loue aux propriétaires de la grosse maison.

 

(...)

 

Il aime cuisiner, alors nous échangeons nos recettes. Mélomane, il nous fait découvrir ses morceaux favoris, et offre une clarinette en plastique à Matt-Esteb, tout heureux de souffler et de produire quelques notes. Nous restons deux nuits, vagabondant dans la ville. Et pendant que Steph passe des coups de téléphone pour préparer sa rentrée dans sa nouvelle école (quand on est directrice, on ne peut pas attendre le dernier moment, des décisions importantes pour la vie de l'établissement doivent être prises avant la fin de l'année scolaire), nous partons tous les trois sur le tandem à la recherche de roulements pour la draisienne et à la pêche aux informations pour le passage du pont international.

 

Les militaires nous apprennent qu'une fois de plus, nous ne sommes pas autorisés à prendre le pont à vélo... Alors Dario appelle un copain qui a un pick-up, et le lendemain midi, nous sommes chargés et emmenés jusqu'à la douane. Là, l'agent, réussi la belle performance à me tamponner deux fois le tampon de sortie du pays. Encore des adieux.

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

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  • classe de CE1 CE2 (jeudi, 13. juin 2013 13:52)

    On a trouvé rigolo le fait que vous rencontriez un Argentin sur un vélo stéphanois!!!

  • Dudu (mercredi, 12. juin 2013 14:40)

    J'ai cru lire que vous partiez pour le Japon ???
    Alors bon vol et à bientôt le plaisir de vous retrouver "en chair et en os"

  • will (mardi, 11. juin 2013 22:56)

    bon retour !!!
    Profitez des derniers moments

  • PATONNE (mardi, 11. juin 2013 15:29)

    dernier récit avant le retour et le bouquin, toujours épique les passages de douane, dernière rencontre avant le retour en France où tout vas vos paraître bien petit. bonne fin de séjour et bon
    retour.