Publié le 03/10 :

 

 

A peine quelques kilomètres parcourus que nous sommes arrêtés par un barrage de police. Le gouvernement cherche à remplir ses caisses par tous les moyens – et les policiers leurs poches avec des bakchichs – et chaque petit défaut sur une auto peut être l'excuse à une amende. Nous ne sommes pas retenus trop longtemps et continuons à enchaîner raides grimpées et tout aussi raides descentes en direction du port.

En chemin, nous nous arrêtons dans une station Total, afin de nous assurer que nos cartes bancaires fonctionnent dans le pays. Déjà que nous n'avons pas de cash, ce serait le comble que la « plastic money » nous lâche. J'attrape vite fait un paquet de biscuit, un soda et du pain, histoire de, et m'avance confiant vers la caisse. La Visa de Stéph'' ne fonctionne pas. Super. « T'avais bien dit à ta banque de débloquer le Zimbabwé, hein ?! »

Apparemment, oui. Bon, j'essaie la mienne. Même punition. Là, on est quand même bien dans la moïse... A voir comment on va se sortir de ce mauvais pas.

Dans l'idée de changer un peu de moyen de locomotion et de passer un moment agréable avec les enfants tout en profitant du lac au maximum, nous comptons emprunter le ferry qui relie Kariba à Mlibisi. Une vingtaine d'heures de navigation sur un petit ferry capable de transporter également quelques véhicules est censé nous faire gagner quelques jours. En effet, la fin de l'hiver approche, et le mercure a commencé son ascension frénétique. Et autant que faire se peut, nous aimerions éviter la lyophilisation de nos enfants dans le kalahari quand nous serons au Botswana. Et puis si on n'arrive pas à avoir de sous, il ne nous faut pas traîner. Un plan parfait, donc.

Sans trop batailler nous trouvons la petite baie un peu glauque où sont échoués deux ferries. A moitié coulés, l'oxydation fait lentement son travail de digestion du métal pour faire disparaître ce que l'Homme ne prendra pas la peine de faire. A deux pas, une entreprise désaffectée devait faire sécher au soleil des petits poissons sur un filet. Les ruelles sont désertes.

« Y a quelqu'un ! » m'égosille-je plusieurs fois près d'une cahute emplie d'un fatras de papiers jaunis, de cahiers cornés et d'une imprimante dont le plastique a dû être témoin de nombreuses réservations.

Une vieil homme décharné branlant sur des genoux fatigués s'avance et m'accueille chaleureusement. C'est un Blanc. Contrairement à la Zambie et encore plus au Malawi, il y a au Zimbabwe pas mal de natifs descendant de migrants européens venus il y a bien longtemps. Probablement le capitaine, il n'a pas l'air d'être beaucoup plus en forme que les bateaux qui rouillent non loin d'ici. Malgré des pavillons largement dimensionnés, ses tympans, enclumes, marteaux et étriers ont également dû d'atteindre leur date limite d'utilisation optimale tant il me faut parler dans le sens du vent pour me faire entendre.

Très vite nous sympathisons et il nous fait faire le tour du propriétaire et notamment du ferry encore en état de marche – pour combien de temps ? Un petit pont supérieur, une salle commune – où sont servis les repas - avec des sièges en ferraille qui s'allongent pour la nuit et un bar. C'est vieillot, certes, mais plutôt charmant, et rien d'effrayant à part la moquette élimée et les couvertures d'un autre âge qui ont dû connaître miasmes, peaux mortes, cheveux et poils, et probablement quelques expectorations, voire davantage, de centaines de précédents passagers sans jamais connaître de détergent. Banco, nous réservons.

Un léger rictus prend forme sur mon visage quand il m'annonce le prix. Nous n'avons qu'une vie, alors tant pis, hein ! Ah oui, détail qui a son importance, le bateau ne part que si vingt-six unités (comprenez : passagers ou véhicules, enfin tout ce qui paye) embarquent. Avec nos trois réservations - Gigi et les vélos ne comptent pas – nous n'en sommes qu'à dix-neuf, et le départ est prévu pour dans trois jours. C'est pas gagné.

Nous reprenons la route sous la chaleur en espérant recevoir sous peu de bonnes nouvelles du capitaine et bien que la distance à couvrir ne soit pas longue, le relief nous rend la tâche ardue.

Direction un camp en bord du lac. Première chose à faire, tester les cartes bancaires. Encore une fois, c'est raté et nous sentons l'étau se resserrer sur nos quelques billets verts.

Peu avant, nous étions passés devant un lodge verdoyant. « Je vais jeter un oeil ». J'emprunte le vtt de Steph'', reprend la piste sablonneuse dans l'autre sens, et me dirige vers le fraîchement ouvert Tamarind Lodge. J'explique la situation à la dame – qui n'est pas surprise du tout – et lui demande d'essayer ma carte pour deux dollars, je prendrai deux boissons. Ça marche ! Elle me tend alors une canette de jus de fruit et une d'une bière au gingembre, boisson gazeuse sans alcool bien agréable. Elle accepte que nous campions entre les chalets bien équipés qu'elle loue principalement à la classe moyenne zimbabwéenne qui vient, depuis la capitale, se mettre au vert au bord du lac, faire du bateau ou visiter le barrage qui produit une grosse partie de l'électricité du pays. Je m'en vais donc chercher le reste de la famille ; les enfants sont aux anges, le lodge est équipé d'une aire de jeux, de deux grands trampolines et de deux petites piscines bien proprettes, dont une munie d'un haut toboggan qui fonctionne avec une pompe qui envoie de grandes quantités d'eau pour faciliter la glisse. Un vrai petit parc d'attraction, pour vingt dollars la nuit tout inclus pour nous quatre, rien à dire.

Maintenant que je sais que nos CB fonctionnent, je peux m'enquérir à remplir les estomacs au supermarché du coin, à deux ou trois kilomètres par une piste qui suit les énormes pylônes électriques à très haute tension. Avec le VTT de Steph'', sans bagage, sans enfant, j'ai l'impression de voler. La tôle ondulée devient un jeu, et les bosses sont avalées par quelques coups de pédale, sans réel effort. Dommage que ce soit si près, finalement...

Un distributeur se trouve sur ma route, je tente ma chance... il est vide. Normal. J'attache le vélo à des grilles de casiers en vrac devant la porte du hangar qui sert de supermarché à la chaîne TM. Tout un tas de produits m'attendent et je remplis une sacoche arrière en entier, soixante-dix litres je crois. Du poulet, des féculents, des jus de fruit, des fruits et des légumes – limité en cash, nous ne pourrons rien acheter aux petits vendeurs en bord de route, GRRRR!! - des céréales, du lait et des yaourts - pour soigner notre osthéporose à venir - avant de passer à la caisse avec tout de même une petite appréhension quant au paiement.

Là, les gens règlent soit avec leur téléphone, soit avec une carte bancaire. Pas de billet. C'est aussi un joyeux bazar près des caisses : l'espace entre les tapis non roulant n'étant pas assez grand pour laisser sortir les chariots. Les files d'attentes étant très longues, celui qui a fini de décharger ses produits doit faire reculer tout le monde pour extirper son caddie et courir de l'autre côté pour en attraper un autre dehors et le remplir. Moyennement pratique. Le tout dans une abominable cohue, dû au peu d'espace réservé à la libre circulation des biens et des personnes à l'intérieur du magasin, tout Schengen quoi. Le tout se faisant sans le moindre énervement. J'ai le temps de faire connaissance avec quelques dames et l'attente n'est pas désagréable.

Le paiement se passe sans encombre, petite victoire, et j'empile les denrées dans mon gros bagage.

La sacoche accrochée à l'arrière, d'un seul côté, me déséquilibre complètement et le retour va être moins drôle que l'aller. J'aurais dû en prendre deux... Au premier virage, elle valdingue de l'autre côté de la rue, m'envoyant au tapis dans un bruit de tissu qui frotte le macadam, très vite couvert par des « sorry, sorry, sorry ! ». Des gens viennent me relever et ramasser mon escarcelle, visiblement aussi inquiets pour moi, que moi pour mes yaourts.

Quelques coucous aux enfants des maisons en bord de piste, puis je croise une famille qui me dit un truc du genre : « tu feras gaffe, y a des éléphants en haut de la côte ». J'ai dû mal comprendre. Je continue cinquante mètres et attaque la fameuse côté pavée, qui sert à conduire l'eau à la saison des pluies. Là, un pachyderme est planté et me regarde, pas vraiment affolé. J'essaie d'en faire de même. Je descends du cadre, histoire de pouvoir m'enfuir, parce que avec la sacoche accrochée je préfère prendre la poudre d'escampette à pied plutôt que de me casser la figure juste devant lui. Après quelques minutes, il reprend sa route vers le lac suivi de ses copains, histoire, j'imagine, d'étancher sa soif.

Chaque fois que j'ai emprunté cette route pour aller en ville, j'ai rencontré des animaux, là, juste à quelques mètres. Hippopotames alors que j'étais en tandem avec Matt-Esteb'', des buffles – là non plus tu ne fais pas le malin – zèbres, babouins, et peut-être la fois la plus crispante, celle où je suis revenu avec un sac de trois kilogrammes de glace pour garder au frais nos boissons, la température flirtant avec les quarante degrés en plein après-midi. J'avais donc mes sacoches remplies de vivres et ce sac de glace. Des éléphants m'ont bloqué durant près de quinze minutes en plein cagnard, et quand je suis arrivé au camp... de la glace... il n'y en avait pratiquement plus !

 

Et le reste du Zim, la route au milieu d'une Game Reserve, la casse du moyeu arrière dans une zone où rodent lions et éléphants, comment trouver des billets (ou pas!), l'accueil si chaleureux des zimbabwéens, ce sera... pour plus tard... ou plutôt pour le livre (enfin s'il y en a un) ! 

 

NB : merci pour les commentaires que vous déposez ;-) !

 

 

Commentaires

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  • AL (jeudi, 19. octobre 2017 21:27)

    Les balades à vélo vont vous sembler bien monotone lorsque vous serez de retour en haute Loire.

  • L'oeil du tigre (samedi, 07. octobre 2017 18:09)

    La gueule ouverte de l'hippopotame dans le rouge du soleil couchant... Ça glace un peu...mais c'est magnifique !
    Bisous, bisous.

  • Patone (jeudi, 05. octobre 2017 18:35)

    Moi aussi j'ai des frissons à vous lire. c'est vraiment un autre monde. par contre effectivement les photos des animaux sont magnifiques. croisez un éléphant sur sa route..... mon dieu ! çà impressionne. prenez soin de vous bonne route. regardez bien à droite et à gauche.

  • l'oeil du tigre (mardi, 03. octobre 2017 19:45)

    Frissons...malgré la chaleur décrite.!
    "Remonter sur le vélo", au sens propre et ...au figuré, votre détermination est intacte et on reste admiratif.
    Prenez bien soin de vous.
    Les photos sont superbes, les oiseaux étonnants et gracieux, bravo.
    bisous et pensées positives pour vous accompagner.

Publié le 26/09

 

 

Les garçons ont bien joué, et nous avons mis à jour lessive et mécanique des vélos. Nous comptons passer également en ville, au distributeur automatique de billets, afin de reconstituer une petite réserve de dollars américain, la nôtre ayant maigri aussi vite que nous. Il s'agit juste d'avoir quelques billets verts, qui peuvent s'avérer être d'un grand secours, car acceptés, quoiqu'il arrive, de partout. Pour l'instant, nous n'en avons dépensés que pour payer le visa zambien ; celui zimbabwéen est censé coûter trente dollars US, et si les enfants doivent eux aussi payer pour le sésame, nous n'en aurons quasiment plus.

La bourgade de Siavonga, située au bord du lac Kariba, est constituée d'une côte déchiquetée – de caps et de baies - et très vallonnée. Ainsi, le centre a beau n'être qu'à une encablure à vol d'oiseau, avec les détours et le dénivelé, il nous faut une bonne demi-heure d'une bonne suée pour l'atteindre.

Longues files d'attente aux guichets tout comme au distributeur automatique de billets - qui s'avère ne pas fonctionner - gens qui s’énervent, au bout de deux heures j'arrive enfin en face d'un employé qui m explique qu'il ne peut pas faire grand usage de ma Visa et qu'il faut que j'aille retirer au distributeur en panne. Ennuyé à l'idée de penser de me retrouver sans cash du tout après la frontière, je pioche dans l'ultime réserve, cent cinq euros, que je garde bien cachée sur moi en dernier recours. Change d'euros en kwachas, puis de kwachas en dollars, malgré le taux monnaie unique/ billets verts largement favorable ces derniers mois, l'opération ne restera pas dans les annales de la performance financière.

Le départ le lendemain vers le Zimbabwe se fait sous les meilleurs auspices. Sereins et détendus, nous attaquons la première ascension de la journée, à une toute petite vitesse. Pas grave, nous comptons juste passer la frontière et nous arrêter à Kariba, à quelques trente ou quarante kilomètres.

Des enfants commencent à nous suivre. Bonjours et coucous de la main se font légion. Davantage d'enfants font grossir le cortège, et nous progressons, toujours aussi lentement dans les cris d'excitation qui se transforment, pour certains, en énervement. Ce n'est pas la première fois, nous continuons sans coup férir. A la faveur d'une petite descente, nous prenons une avance que nous pensons décisive. C'était sans compter sur leur détermination, et dans la montée suivante, nous sommes vite rattrapés. Toujours davantage de marmots arrivent de chaque maisonnée, et des mains commencent à attraper tout ce qu'elles peuvent atteindre. Je me place derrière Steph'' et la remorque pour empêcher les mimines de s'y agripper. C'est maintenant un essaim collant qui nous entoure et le vase de ma patience, bien que nous soyons le matin, n'est pas loin d'être déjà rempli jusqu'en haut du bord. Trois kilomètres maintenant que nous sommes suivis ! Je vois les ombres des doigts qui tentent d'accrocher la draisienne fixée sur le sac derrière ma selle et j'annonce à MER de détacher le harnais qui le ficelle au siège du tandem. A la faveur d'un morceau de route un peu moins pentu je lui dis « saute ! » ; j'en fais autant, déploie la double béquille à la vitesse de la lumière pour garer le tandem, et règle mes cordes vocales pour en faire sortir un son rauque qui se veut inquiétant - identique à celui du prof de maths en colère comme il arrive de temps à autre – et crie « IHOUÉ » ! (qui signifie « toi » en chichewa et en nianja) en pointant l'index en direction de l'essaim. J'ai bien froncé les sourcils et fait les gros yeux en même temps, mais le casque et les lunettes ont rendu inefficace ce jeu de scène supplémentaire. Peu importe, en un éclair, telle une envolée de moineaux, les garagnats (les enfants polissons dans le parlé stéphanois) se sont dispersés dans la nature. MER n'en revient pas – et moi non plus d'ailleurs – et je profite les kilomètres suivants de l'admiration de mon fils aîné envers son père qui a fait fuir une assemblée de huit ans de moyenne d'âge. Bref, c'est pas facile de devoir s’énerver de bon matin, surtout quand la journée a démarré de belle manière. Je crois que c'est une des raisons pour lesquelles je ne serai jamais directeur d'un établissement scolaire : devoir se fâcher tout rouge dès potron-minet, non merci !

Lentement, nous gagnons la frontière. Les habituels changeurs de monnaie sont en place, et je compte bien refourguer mes derniers kwachas contre des billets utilisés au Zim. J'avoue ne pas bien comprendre quand ils me disent qu'on n'y trouve que des dollars américains. Sur ces entrefaites, arrive un cycliste suisse, qui passe la frontière dans l'autre sens. Nous échangeons nos tuyaux respectifs, comparons nos cartes, nous conseillons mutuellement sur les meilleures routes et celles où l'on rencontre le plus d'animaux sauvages, et nous voilà bien embêtés quand il nous confirme l'existence d'une profonde crise monétaire au Zimbabwe. Le pays a effectivement adopté le dollar US, et, par dessus le marché, les distributeurs automatiques de billets sont vides dans tout le pays. Impossible d'obtenir du cash, il faut tout avoir sur soi en entrant et payer avec sa carte bancaire dès que possible. Je me vois bien payer par CB le marchand de bananes en bord de route... Avec nos cent et quelques dollars, nous sommes beaux ! Je récupère auprès de lui quelques billets verts supplémentaires contre mes derniers kwachas, tout en sachant qu'ils seront largement insuffisants, tout en comprenant que les distributeurs de Siavonga sont régulièrement pris d'assaut par les frontaliers pour obtenir des liquidités.

Les derniers contacts avec la Zambie se font auprès de douaniers enquiquinants, puis nous descendons en direction du barrage qui fait office de frontière.

Petite zone de no man's land, et remontée jusqu'à la douane zimbabwéenne.

Personne dans la cahute préfabriquée, c'est déjà ça. Nous remplissons la paperasse inutile habituelle, puis une opératrice se charge de rentrer informatiquement les données. Pas de bol, la petite imprimante qui écrit sur les autocollants servant de visas est en panne. Et il n'y en a qu'une. La dame bidouille les fils, vérifie les connections, rien n'y fait. Je n'ose pas y mettre mon grain de sel, ne sachant comment se pourrait être interprété. Elle appelle à la rescousse un monsieur qui bulle sur sa chaise, en vain. En dernier recours, on va chercher celle qui doit être la grand-chef, au vu des quatre barrettes qui ornent ses épaulettes. Si elle est aussi importante et efficace que son popotin est large, nous sommes sauvés.

Effectivement, après quelques manipulations, elle sort tout le monde du pétrin. Le processus est cependant encore bien long, écritures sur du papiers carbone, reçus, tickets pour passer les vélos selon leur immatriculation, puis non finalement, puisqu'ils n'ont... pas d'immatriculation. Enfin sortis de l'auberge, nous nous avançons vers la barrière baissée en présentant les tickets adéquats. Le militaire commence à la lever au prix d'un effort certain – le soleil cogne fort, certes – puis se ravise. Une minute de flottement : l'officier en chef des douanes souhaite voir nos bagages. Retour en arrière, je commence à bouillir intérieurement, tout en sachant que l'agacement dans ce genre de situation ne mène qu'à davantage d'ennuis. Je suis inquiet pour le drone. S'il le trouve, c'est sûr, il nous fera des misères. Lentement, nous exagérons les manœuvres nécessaires au demi-tour de nos montures, nous nous rangeons sur le côté, en perturbant au maximum les allers et venues des travailleurs à la centrale électrique du barrage. Pas pour embêter le monde, juste pour tenter de montrer à l'officier que, par sa faute, il retarde tout un tas de gens. Nous attendons cinq minutes sur le côté, puis finalement on nous dit de circuler...

Commentaires

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  • AL (samedi, 30. septembre 2017 12:42)

    Les pays défilent au cours de vos différents voyages et l'on retrouve quelques incontournables tracasseries que vous savez toujours gérer à la perfection. C'est bien que tu puisses jouer le rôle du prof en colère comme ça tu ne perds pas la main.

  • Ingrid (vendredi, 29. septembre 2017 19:03)

    De nouveau, de l'aventure, des rebondissements, du rêve, avec juste ce qu'il faut de suspense... Un régal !

  • Patonne (jeudi, 28. septembre 2017 11:40)

    J'suis d'accord avec l'oeil du tigre. Heureusement vos expériences précédentes aident, mais toujours des surprises. bonne continuation et toujours au plaisir de vous lire. Bon courage et prenez soin de vous.

  • L'oeil du tigre (mercredi, 27. septembre 2017 09:17)

    Il faudra faire un jour un recueil dédié exclusivement aux passages de frontieres...à travers vos differents voyages!
    Vous avez vécu quelques expériences pour le moins "intéressantes"...!!!
    Courage pour la suite.
    Bisous et pensées.

  • Zarfa (mardi, 26. septembre 2017 23:10)

    Bravo pour ce récit alerte. Et quelle expérience du passage de frontières !...
    Très belles photos des chutes.
    A bientôt pour la suite ?

  • AL (vendredi, 15. septembre 2017 09:29)

    Belle preuve d'empathie de votre part vis à vis de ces "malheureux" sur le bord de la route. La zénitude permet de résoudre beaucoup d'imprévu !

  • Danny (jeudi, 14. septembre 2017 15:26)

    Oui ! des moments pas facile, mais quel bonheur pour les yeux de tous, vous êtes géniaux et tes commentaires A.Rom. nous donnent encore plus de peps ! Prenez bien soin de vous ... déjà 30.000 kms ?? je le crois pas wouaaaaaaah bravo, les enfants eux aussi en prennent plein les yeux et que de merveilleuses histoires à leur raconter le soir- Bisous à tous les 4

  • Patone (jeudi, 14. septembre 2017 13:17)

    J imagine la traversée sur le bateau pêcheur.... peut être effectivement ne pas trop en savoir pour le moment.... on admire les images mais je sais que ce n'est pas de tout repos pour vous. bon courage et prenez soin de vous.

  • l'oeil du tigre (mercredi, 13. septembre 2017 22:45)

    mais pour les anecdotes ....on est un peu en manque !!!
    on va devoir attendre le livre !
    re bisous

  • l'oeil du tigre (mercredi, 13. septembre 2017 22:38)

    magnifique !
    superbe manifestation de force et beauté !
    merci pour ce partage !
    bisous

Petit saut dans le temps, l'incroyable remontée du fleuve zambezi en deux jours sur un petit bateau de pêcheur sera contée... une autre fois ! Crocodiles, hippos, éléphants étaient de partout, avec quelques frayeurs à la clé.

(…)

Dernière bosse avant l'arrivée à Siavonga. 6 ou 7% de moyenne sur quelques kilomètres, de quoi nous coller au macadam, d'autant que la chaleur et les heures de selle précédentes ont entamé nos réserves d'eau et de minéraux. 22 dents devant, 34 derrière, trois tours de pédale ne font avancer le vélo que de deux tours de roue. Autrement dit, on pédale dans la choucroute. Pas moyen de faire autrement cependant.

Petit à petit, décimètre par décimètre, nous gagnons notre bataille contre la pente. J'ai l'impression qu'un tuyau s'est crée entre mon œsophage et mon front, tant l'eau que j'ingurgite semble s’écouler instantanément via la mousse de mon casque. En dégoulinant, la sueur contourne les sourcils et vient, en séchant, laisser des traces sur mes lunettes de soleil, ou, se caler dans mes yeux provoquant quelque irritation. Si bien que je n'y vois plus grand-chose. Je regrette de ne pas posséder un monosourcil - rendu si célèbre par un ancien présentateur de M6 - qui m'aurait peut-être permis d'éviter ce phénomène biologico-physique. Encore que.

Au bord de la route, un van est arrêté, roue arrière démontée. Concentré sur mon ascension et quelque peu en manque de lucidité, je n'y prête guère attention.

En fait, ils m'appellent. Et me demandent, je-ne-sais-quoi. Je ne comprends pas les mots qui sortent de leur bouche. Probablement légèrement déshydraté, mon corps a dû faire le choix d'approvisionner cuisses et mollets en eau, quitte à court-circuiter le cerveau, qui, il est vrai, n'a pas besoin d'être au maximum de ces capacités pour commander aux synapses de faire appuyer sur les pédales.

Fatigué, la langue pâteuse et gonflée, la bouche sèche jusqu'au fond des amygdales et à la trachée, je gare le tandem – il est vrai, au milieu de la route. Ces messieurs, endimanchés, chemise et cravate, voire costard pour celui qui semble être le personnage le plus important par la fonction – et le tour de taille, enceint de triplés de quinze mois probablement - s'agitent en me disant que je ne peux pas rester planté là. Dans ces moments de difficultés physiques passagères, je ne suis pas forcément très commode, et encore moins quand no me dit ce qu'il faut que je fasse. Ils n'ont cependant pas tort, alors je traverse la route pour les rejoindre avec le vélo, le gare dans le mauvais sens – celui de la descente – et refais demi tour pour le caler dans la montée.

Retrouvant quelques esprits, je m'en vais quérir de quoi il s'agit. Une clé de 10, me demande-t-on. Coup de bol, j'en ai pris deux, 10 et 13 qui siéent à merveille aux écrous qui parsèment nos montures.

Après avoir martyrisé à coup de butoir son tambour, il utilise ma clef pour laisser échapper du liquide de frein. Un peu circonspect, je le regarde faire, sans poser de questions, je ne suis de toute manière pas apte à comprendre quoi que ce soit. Le mécanicien de fortune a l'air satisfait ; je range la clef, et nous repartons pour la fin de la montée.

Siavonga n'est plus très loin ; une journée de repos sur place, avant de nous diriger vers la frontière, qui se situe sur la barrage, qui a lui même provoqué la création du lac Kariba il y a soixante ans environ. 

 

 

... et j'ai pas le temps de rattraper le retard !