Comme le temps me manque toujours pour écrire et qu'il faut bien garder des surprises... encore une longue ellipse, pour nous retrouver en Zambie, après une semaine de pédalage entre la frontière (vers Lundasi), puis la route jusqu 'à Mfuwe – via Chipata – porte d'entrée du parc national complètement incroyable de South Luangwa. Quelques photos des animaux rencontrés se promènent sur cette page.

Quelques jours et nuits à contempler herbivores et carnivores, qui tournent autour de la tente pendant notre sommeil, et à décider par quel chemin nous allons repartir. Soit nous faisons la route inverse, ce qui implique de remonter à Chipata et ensuite de devoir rouler un long moment sur la Great East Road - censée être dangereuse et très empruntée, par les camions notamment – soit nous longeons le parc national par une petite piste, pour ressortir au niveau de Petauke et ainsi n'avoir qu'à parcourir deux cents kilomètres sur la grande route. Sachant que ce morceau de piste représente au moins trois jours de pédalage, et que surtout, le parc n'étant pas clôturé, les animaux sauvages peuvent en sortir librement. Et l'idée de tomber nez à nez avec un éléphant ou un lion n'est guère rassurante. Si nous n'avions été que tous les deux, nous l'aurions probablement tenté. Mais avec les enfants et le manque de mobilité de nos vélos pour justement les transporter, nous fait hésiter. D'autant que les rangers du parc nous disent que les lions seraient particulièrement intéressés par les jeunes enfants, proies faciles et que les éléphants viennent d'avoir leurs petits et sont un peu agressifs. En tout cas, sur place, tout le monde nous le déconseille. Seulement si nous écoutions ce qu'on nous dit, nous ne serions jamais partis nulle part, pour ce voyage comme pour les autres. D'où quelques interrogations...

Alors nous épluchons les cartes, essayons de recouper le peu d'information que nous n'arrivons pas à obtenir, analysons les données GPS des différentes applications, jusqu'à ce que Steph trouve un bout de piste qui passe au travers, tout en étant moins proche du parc que la piste « officielle ». En cette saison sèche, on peut présupposer que les animaux ne s'éloignent pas trop du Luangwa, les autres cours d'eau étant à sec. Bon, nous n'avons aucune idée de si cette autre piste existe, si elle est praticable, ni de comment la trouver. Tout au plus, des locaux nous indiquent qu'il est possible de se rendre à la mission située à Msoro, qui se situe à peu près au tiers du trajet. De là, nous verrons bien.

Direction le petit aérodrome d'où arrivent les visiteurs qui ne disposent que peu de temps, en provenance directement de Lusaka ou Lilongwe, en s'évitant un long trajet par la route. De là, une petite piste de terre gris noir bien tassée serpente au milieu d'arbres qui semblent trouver le temps long avant la prochaine goutte de pluie, comme en témoignent les feuilles flétries qui tentent en vain de rester accrocher à leur vaisseau mère. Pas un véhicule, quelques huttes, éparses, un peu d'ombre, pour l'instant, c'est très agréable !

La suite du chemin est un peu plus difficile, caillouteux et en plein soleil. Nous devons rouler plus de soixante-dix kilomètres pour atteindre Msoro, en essaimant sueur et calories en cours de route. Nous visons la mission, et aux pieds de la cathédrale de brique rouge construite il y a une bonne centaine d'années, nous rencontrons une vingtaine de femmes qui en sortent, tissus imprimés bleu et blanc enroulés autour de la taille et de la tête. Chacune d'elle vient nous saluer chaleureusement (avec le triple serrage de main caractéristique depuis le Malawi) et nous demander comment nous allons, tandis que l'une d'elle s'enquiert d'aller chercher le révérend.

Edward arrive quelques minutes après, nonchalamment. C'est un beau bébé, à vue de nez, je dirai 1,85m pour 120 kg. Facile. Nous nous triple-serrons les mimines, puis échangeons avec courtoisie. Il saisit notre carte du pays pour nous donner des infos pour la suite. Il la tourne dans un sens, dans l'autre, trois ou quatre fois avant de nous confirmer l'existence du morceau de piste tant espéré, sachant que les cartes GPS téléchargées sur mon téléphone ne l'ont pas. Il connaît bien le coin pour l'arpenter en long en large et en travers par ces diverses activités.

Nous apprenons qu'il est responsable du culte dans le village, tout en portant également les casquettes d'infirmier et de sage-femme au sein de l'hôpital de la mission. Autrement dit, il est bien occupé, d'autant que des consultations de brousse sont organisées de temps à autre dans les villages les plus reculés.

Pour la nuit, il nous propose une pièce dans un bâtiment jouxtant la mission, une autre chez lui, auxquelles nous préférons un petit bout de son terrain : nous y serons plus au frais pour la nuit. La tente est dépliée, sans le double-toit pour maximiser les échanges d'oxygène et de chaleur entre l'atmosphère et les occupants.

Nous passons la fin d'après-midi à discuter de tout et de rien. Il est supporter de Manchester United, comme en témoigne un mug posé sur une étagère - il m'indique regarder les matchs via le satellite - puis tente de m'expliquer différentes choses sur la Zambie. Les soixante-douze tribus et autant de langues - en sus de l'anglais - qui composent le kaléidoscope du pays, le fait qu'il y a vingt-deux ans que le village est électrifié – les villages alentours étant dans le noir – ou encore comment sont nommés les chefs de village, issus de la famille la plus ancienne. Là, je veux bien reconnaître que je n'ai pas tout compris, si ce n'est que certaines tribus sont matriarcales et d'autres patriarcales – entre autres concernant la transmission du nom lors de la filiation – et que quand deux jeunes venant à se marier venant de telles tribus... ben je ne sais pas ce qu'il se passe !Il explique également qu'au sein d'un clan, les cousins s'appellent frères et les tantes, mères, ce qui fait beaucoup de maman, me dit-il dans un grand sourire allant d'un lobe à l'autre.

Pendant ce temps, son fils, dont le prénom signifie « cadeau », et qui a la malaria, et les miens s'amusent à se courir après et à faire de la draisienne.

Avant le dîner, qui se compose de riz et de pièces de soja – qui ressemblent à s'y mettre à des morceaux de bœufs effilés – nous sommes servis en thé et petits gâteaux. Choyés, on nous propose également une bassine d'eau chaude, histoire de décoller la poussière accumulée dans les pliures des coudes, du cou et des genoux. La maison, une des premières à avoir été construite de la mission, comporte une salle de bain, dont la baignoire a dû être installée il y a des dizaines d'années. L'émail qui recouvrait la fonte n'est qu'un vague souvenir, ce qui n'enlève rien au bonheur de se décrasser après une journée de sueur.

En tout cas, comme bien souvent, nous sommes choyés par toutes ces familles qui nous accueillent. Les discussions vont bon train, abordant des sujets plus ou moins léger, et Edward et sa femme nous apprennent même à griller des cacahuètes et à en faire du beurre dans un mortier avec un pilon. Aussi peu rapide que délicieux !

Le lendemain matin, après un copieux petit-déjeuner de succulents muffins cuits au four et de mandas – sorte de beignets à la farine de blé – frits, notre hôte, qui porte un short Domyos acheté dans un magasin de second main qui récupère les habits dont les occidentaux se débarrassent dans les fameux containers du Relais ou autre, enjambe sa moto et nous escorte pendant plus d'une heure à travers des chemins sinueux qui zigzaguent dans la forêt et les brûlis. Jamais nous n'aurions pu trouver seul notre route. Quand nous arrivons à un point « où nous ne pouvons plus nous tromper », les adieux débutent. Ils ne s’éternisent pas, car nous insistons pour lui payer son essence, ce qu'il décline fermement en prenant la poudre d'escampette pour clore la discussion.

Nous repartons à un rythme moins soutenu – nous ne voulions pas lui faire perdre trop de temps – à l'assaut des bosses formées par les rivières qui se forment à la saison des pluies. Aucune voiture, bien sûr et à peine une moto de temps en temps. Quelle tranquillité ! Pas l'ombre d'un animal sauvage non plus...

Quelques heures plus tard, la faim talonnant nos estomacs, nous nous arrêtons dans un village dans le but de commander à quelqu'un un nsima. Provoquant un attroupement, un monsieur s'avance, accompagné d'un ami portant un magnifique maillot des Cowboys de Dallas, il est le seul à parler anglais, coup de chance.

Complètement éberlué de nous voir ici, il nous demande ce que nous fabriquons, et nos réponses n'ont pas l'air de le satisfaire. Les enfants s'approchent un peu, mais sont terrorisés à la vue des Blancs, et si nous faisons un geste un peu trop brusque pour attraper une bouteille d'eau ou quoi que ce soit, les plus jeunes s'enfuient à toutes enjambées, s'étalant sur la première racine qui dépasse ou percutant le copain qui n'a pas décamper assez vite. Sans le vouloir, nous sommes responsables d'un grand nombres de chutes depuis six semaines et des bobos qui vont avec...

Il me faut répéter plusieurs fois ma demande pour qu'elle soit prise en compte. Non que les mots ne soient pas compris, mais le sens de la requête semble être trop ubuesque. Des Blancs qui réclament un nsima, ici, dans notre village ?!?

Le temps de sortir le ballon foot pour les plus grands, la draisienne pour les plus petits, et de discuter un peu avec les adultes, et nous sommes servis près d'une hutte, au milieu des sacs de coton de 70 kg qui attendent d'être chargés dans les jours qui viennent. Vendu 0,30 € le kg, il en faut un paquet pour obtenir quelques deniers.

Quelques dizaines d'yeux scrutent chacun de nos gestes, et nous nous appliquons, après nous être faits lavés les mains, à manger avec nos doigts la pâte de maïs qui sert de réceptacle aux haricots blancs et autre salade cuite. Plutôt bon, la suite du repas nous réserve une surprise de taille. Une petite assiette creuse recouverte d'une autre nous est présentée. Steph l'ouvre dévoilant son contenu... des souris entières bouillies ! Nos cris de stupeur sont vite couverts par les éclats de rire de l'assemblée. Gigi croit que c'est du « petit poulet », Matt-Esteb serait presque prêt à en découdre, et Steph et moi avons un peu de mal avec les poils collés lors de la cuisson et la longue queue peu ragoûtante... 

 

Commentaires

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  • tstaron ss (mardi, 05. septembre 2017 16:54)

    photo super merci

  • Patone (vendredi, 01. septembre 2017 10:35)

    superbes photos, et supers "zanimaux" et paysages.

  • Rom" (jeudi, 31. août 2017 17:02)

    Pour le ravitaillement en eau, ça viendra dans le prochain article. Pas trop dur, mais pas toujours très "bon" !

  • Patone (mercredi, 30. août 2017 13:45)

    j 'en ai des frissons à vous lire..... çà c'est de l'aventure pure et dure... koh lanta à côt de la rigolade... ils n 'ont jamais eu de souris à manger, y avez vous enfin goûter. les enfants son extra ordinaire si Didi en mange (c'est du poulet) alors pourquoi pas vous? une question pas trop dure pour le ravitaillement en eau ?. je vois que le pédalage n'est pas non plus de tout repos... bravo à vous et bonne chance pour la suite ... et merci de nous faire partager vos belles rencontrent vos péripéties..prenez soin de vous

  • Rom" (mercredi, 30. août 2017 11:54)

    Ben dis donc, ça fait plaisir ces commentaires ;-) Alexandra D-N, nous étions sur ces traces au Tibet il y a qqes années !

  • Ingrid (mardi, 29. août 2017 19:57)

    Je viens de lire vos derniers textes, vous me faites rêver comme au temps de mon adolescence, quand je lisais les aventures d'Alexandra David-Neel ou d'Ella Maillart !! Merci !! J'attends la suite avec impatience. Un petit conseil (je m'y connais en vélo): bien actionner la sonnette pour éloigner les lions et les éléphants (je m'y connais aussi pas mal en animaux de la jungle --> rapport à mon boulot, toussa toussa).
    Biiises, et amusez-vous bien !!

  • l'oeil du tigre (mardi, 29. août 2017 18:34)

    On lit et on se dit "il y a encore des surprises..." et le mot est faible !!!
    Par contre le mot AVENTURE n'a jamais aussi bien collé à vos différents périples.
    Comme toujours: frissons et sourires .
    Prenez bien soin de vous
    gros bisous les champions !