Encore un petit saut dans le temps, pour nous retrouver le 28/07. Nous quittons le tarmac et la petite bourgade de Rumphi, et nous aventurons sur une piste poussiéreuse, tantôt rocailleuse, tantôt sablonneuse. Et ce pour plusieurs jours. L'étape n'est pas bien longue, car la veille nous avons bien roulé et profité de l'asphalte et du vent favorable pour enquiller les kilomètres.

Toujours aussi peu d'indications et de panneaux ; bon an mal an, nous trouvons notre chemin. Il faut dire que j'ai récemment téléchargé une application gratuite qui me permet, avec le GPS de mon smartphone, de nous repérer sur une google map, hors connexion Internet. C'est très pratique. J'y étais très réticent, d'une part pensant faire comme lors des voyages précédents – uniquement avec une carte papier et en demandant aux gens – d'autre part à cause des bugs potentiels qui peuvent arriver n'importe quand et souhaitant réduire au minimum notre dépendance électronique et électrique. Toutes ces applications sont en effet gourmandes en électrons, que nous avons bien du mal à stocker et recharger. Sauf que le petit panneau solaire acheté il y a onze ans pour la traversée de l'Asie se montre particulièrement efficace sous ces latitudes, et je me suis donc laissé convaincre. Et honnêtement, je ne le regrette pas.

Nous arrivons donc assez tôt devant les grilles de la réserve de Vwaza, accueillis par un garde demandant une poignée de dollars pour entrer. Il nous conduit à travers un village, jusqu'au bord d'un petit lac, où quatre ou cinq huttes sont construites pour accueillir ceux qui se donnent la peine d'arriver jusque là.

Intrigués par des rectangles de tissus bleu-noir-bleu, qui forment des sortes de drapeaux, nous l'interrogeons. Nous sommes en zone de mouches tsé-tsé (vecteurs de la maladie du sommeil), et ces couleurs les attirent particulièrement. Le noir est traité d'un insecticide pour limiter leur prolifération. Steph et moi nous regardons, c'est parfait, les maillots de notre partenaire principal sont noir et bleu, et mon seul et unique short-pantalon est noir ! Il faudra donc encore se pschitter, le jour ce coup-ci, les tsé-tsé n'attaquant que lorsque le soleil est au dessus de l'horizon. Comme l’anophèle (vecteur de la malaria) ne pique que lorsqu'il se couche, je crois que nous allons prendre des bains d'insecticides...

Très vite, nous nous laissons prendre par la magie du lieu. Les animaux sauvages viennent tour à tour se désaltérer dans un balai incroyable. Phacochères, impalas de toutes sortes, babouins, sans compter les hippos qui se font dorer la pilule, en famille, sur les plages. De surcroît, il n'y a personnes dans les environs, nous ne serons que six (dont nous quatre) à dormir dans toute la réserve de 1000 km².

Au petit matin nous partons avec un guide armé d'un long fusil pour une randonnée de deux heures et demi, à la rencontre des buffles et des éléphants. Coup d'épée dans l'eau, nous ne voyons rien de plus que la veille autour de l'étendue d'eau. Notre seule découverte, en sus des traces de pattes de tout un tas de bestiaux, une « fourmi-lion », qui forme des petits volcans de sable afin que les fourmis y dégringolent. Là, d'un coup de pince, elles se font découper et aspirer « le jus ».

Retour à la hutte sous la chaleur. Après le repas, nous distinguons au loin des taches grises. Aux jumelles, nous voyons une petite trentaine d'éléphants. Séance d'observation, puis les garçons vaquent à leurs occupations. Alors que j'essaie d'endormir gigi pour la sieste, j'entends Steph'' appeler. Une partie du troupeau d'éléphants, doucement mais sûrement, est en approche. Excité, je déballe mon appareil photo et me poste en face d'eux. Toute la famille contemple ce spectacle exceptionnel... sauf que les pachydermes s'approchent, et s'approchent encore. Soudain, un petit vent de panique se lève, d'autant que les villageois nous font signe de déguerpir. Déguerpir, oui, mais où ? Dans la hutte ? Un coup de trompe et elle s'envole. D'ailleurs, quatre ou cinq d'entre eux n'en sont qu'à une encablure !

Calmement, nous nous retirons de leur passage. Les énormes mammifères continuent leur route, sans broncher, jusque vers les hippopotames, qui n'ont guère l'air enjoué de cette visite.

La nuit, les bruits de la vie sauvage nous bercent, et nous comptons bien rester une journée de plus à contempler tout ce petit monde. Une nouvelle matinée riche en animaux de toute sorte et en quiétude... jusqu'à ce qu'un vieux bus Tata tout déglingué ne viennent se poser juste devant notre hutte, dans une nuage de poussière, doublé d'un nuage de fumée et de bruits de ferrailles bringuebalantes. Habitués des sorties scolaires, Steph et moi nous mettons d'accord, c'est un cinquante-trois places, à vue de nez.

Le bus est rafistolé de partout. Des ficelles, des capots et des vitres manquantes, la portière du chauffeur qui ne tient plus guère – visiblement, un impact de plus a eu lieu récemment – et nous commençons à compter le nombre d'enfants qui descendent. 1, 2, 3... 50, 51... 100... 117, 118 ! Pas mal !

Une fois tout ce petit monde les pieds sur le plancher des éléphants, je vais poliment voir le chauffeur lui demander de se déplacer un peu pour nous libérer la vue. Des jeunes s'approchent des hippos, d'autres de nous. Quel est le spectacle le plus étonnant ? Je ne mettrai pas une pièce ! Gigi avec ses yeux bleus et ses cheveux blonds et lisses est aussi une sacrée attraction...

Pour encadrer ce petit monde, quelques messieurs en treillis avec de gros fusils font des va-et- vient. A l'occasion ils viennent échanger quelques mots. Et comme cela se fait dans de nombreux pays, en Afrique ou en Asie, il arrive que deux hommes se tiennent la main en signe de simple amitié. Reste que cette scène de para-militaires armés jusqu'aux dents se tenant par la main est pour le moins étonnante à nos yeux d'occidentaux !

Une heure et demi d'agitation, avant de retrouver le calme du lieu, et de profiter du coucher de soleil, tour de contrôle annonçant la fin de vol des tsé tsé et le début de celui des moustiques à malaria.

 

Il n'y aura pas d'autre texte pour la Malawi, faute de temps pour écire. Les idées sont mises de côté, pour plus tard ! Rendez-vous en Zambie !

Commentaires

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  • HDBS&Cie (dimanche, 27. août 2017 18:30)

    Fabuleuses photos d'animaux, des souvenirs aussi c'était en 1994 au Kénya mais Nous étions dans un minibus bien sûr!!!
    On vous suit et on attendra avec impatience le tome3
    Belle continuation de vos aventures...
    Bisous des Olivetains

  • AL (dimanche, 27. août 2017 10:46)

    Encadrer par des hommes armés vous en avez l'habitude, dés votre 1er voyage il y a 10 ans lors d'une halte dans une station service Russe...

  • coco s (jeudi, 24. août 2017 17:00)

    plus de message comment ce va bisous

  • FOUCAULT Angélique (vendredi, 18. août 2017 08:54)

    Bravo!
    Toujours un plaisir de vous lire et de vous suivre dans vos aventures.il n'y a pas une appli pour éloigner les moustiques!
    Bonne piste!

  • Helene et famille (samedi, 12. août 2017 10:54)

    Très parlant ce récit il a un goût de similitude bien que le contexte soit différent ainsi que le pays... Mais les éléphants ont le même comportement... Et les espèces d'autres animaux sont les frères de ceux que nous voyons dans nos 2 safaris quotidiens. Gros bisous de south Africa

  • Zarfa (mardi, 08. août 2017 22:41)

    On se régale à vous lire. Votre passage est un événement ! Continuez à profiter et à nous faire partager. Bisous

  • Dany (mardi, 08. août 2017 16:16)

    Wouaaaah .... wouaaaah ... super ce récit je me régale et bois tes dires. Fantastique quelle merveille tous ces animaux les enfants sont sans doute émerveillés eh!!! Gigi tu te défends pas mal sur les chemins en draisienne Que du bonheur de vous lire et bravo je vous envie, mais pas pour les tarentes et chauves-souris !!!!!! A++++++

  • romain (mardi, 08. août 2017 06:55)

    Ce qui les étonne le plus ? Difficile à dire !
    Les enfants blancs, probablement !

  • L'oeil du tigre (lundi, 07. août 2017 22:03)

    Images et imagination , pour nous, se mêlent... au fil de la lecture...
    Alors pour vous..., face à ces spectacles extraordinaires !!!
    Merci de nous partager ces merveilles du monde.
    Et ...prenez bien soin de vous !💕

  • Patone (lundi, 07. août 2017 16:32)

    super le récit.... en tous cas vous e^tes bien accueiillis. qu'est ce qui les étonne le plus. que vous traversiez leur pays en vélo et avec 2 enfants... fait être blanc pour faire çà ou alors Gigi avec ses cheveux blonds, surveillez les biens et attention aux moustiques.j 'en connais qui serait mal là bas. bonne route.

 

Une petite ellipse, sautons une semaine, je n'ai pas le temps de tout écrire ! Alors en échantillon, la journée du 17/07.

70 km vent dans le dos, ça fait du bien. Nous nous arrêtons dans un village, Phakpe je crois (à prononcer pakpé). Je m'engage dans un petit chemin et apostrophe une dame qui vient vers moi ; elle parle anglais, pratique. Je lui demande si nous pouvons planter la tente quelque part. Embêtée, elle me répond que son père est absent, et me demande, par la même occasion, si je n'ai pas une bouteille en plastique à lui donner.

Nous tentons notre chance de l'autre côté de la route, où une école est indiquée. « Aposici ? » c'est le mot que nous croyons approprié pour demander si un professeur est dans le coin.

Pas vraiment de réponse de la part de la cinquantaine d'enfants qui nous entourent déjà. Nous patientions. Un peu. Davantage. Les enfants nous regardent avec amusement. Se penchent au dessus de la remorque pour apercevoir Gigi. Se rapproche pour être au contact des azungus (les blancs). Ne voyant rien arriver, je propose à Steph'' d'aller tenter notre chance ailleurs.

« T'es trop pressé, me répond-elle, t'es pas encore dans le rythme ».

Effectivement, d'un pas lourd et lent, un homme en pantalon-veste-cravate se rapproche de nous : le directeur de cette école de 1700 élèves pour 11 profs.

Il nous accueille chaleureusement. Nous discutons un peu, puis il nous propose une classe pour la nuit. Pendant que nous montons la moustiquaire, des dizaines d'élèves s'agglutinent aux fenêtres, se repoussant, jouant des coudes, s'appuyant sur la tête, pour regarder ce que trafiquent les étranges invités de leur village. A la porte, ouverte, des petits gagnent centimètre par centimètre pour finalement se retrouver les pieds dans nos sacoches. Quand nous leur indiquons, par maints mimes, gesticulations et pitreries, que nous voulons nous changer, ils quittent la pièce respectueusement.

 

En discutant avec le directeur, j'avais évoqué l'intérêt de Matt-Esteb'' pour le football. Une fois couverts de vêtements longs et pschittés à l’anti-moustique, il m'invite dans son bureau et sort ensuite un ballon tout neuf, mais dégonflé. J'en vois un dans un tout autre état et lui suggère qu'il fera tout aussi bien l'affaire. Il demande alors à un jeune ado d'organiser un match sur l'immense terrain – peut-être cent cinquante mètre de long - qui jouxte l'école. Des cages faites de trois morceaux de bois, des bosses, de la poussière, quelques touffes qui pourraient s'apparenter à de l'herbe aux endroits où elles ont pu résister aux assauts répétés des pieds nus des enfants, et dix-sept enfants triés sur le volet par deux capitaines, en sus de Matt-Esteb''.

« Leur écrase pas les arpions avec tes godillots » lui lance-je en vain, le message se perdant au milieu des cris d'excitation bien avant qu'il ne puisse pénétrer le pavillon de ses oreilles.

Une bonne partie suivie par de nombreux spectateurs.

Pendant ce temps, Gigi commence à créer un attroupement en faisant de la draisienne au milieu du village. Centre de l'attention de dizaines d'yeux, il est fier comme un Pape, et se trimballe « à fond la caisse » emmenant derrière lui un groupe d'enfants dans une effusion de rires et de cris d'étonnement.

A la nuit tombée, le foot terminé, chacun de nos garçons s'est fait un groupe de copains. Le petit tourne toujours sur son vélo sans pédale, et le grand fait des sprints dans tous les sens et essaie de se mesurer aux plus rapides. Une fois tout ce petit monde fatigué, Matt-Esteb'' s'assoit au milieu du cercle de ses nouveaux copains et invente une chanson-chorégraphie que tout le monde prend un immense plaisir à répéter avec entrain et dans un niveau sonore toujours plus élevé. C'est quelque chose du genre poumpoumpoum - tssssit – roar, qui, chacun l'aura reconnu, sont les bruits de l'éléphant, du serpent, puis du lion.

Ce petit jeu dure un moment, jusqu'à ce que quelques sorciers viennent disperser cette jeunesse qui s'éparpille telle une envolée de moineaux. Dans des costumes peu rassurants, avec franges, froufrous, sac sur la tête muni d'un trou pour un seul œil, et autres haillons et oripeaux, ils se précipitent en levant les bras et en proférant tout un tas de paroles – inaudibles pour nous, évidemment - sur les enfants qui déguerpissent dans un nuage de poussière en hurlant... avant de les poursuivre ! Juillet est, nous dit-on, le mois de cette fête des sorciers. Nous n'en avons pas compris bien davantage cependant.

« Papa, caca ! »

Et oui, c'est aussi ça de voyager avec un tout petit... Direction les toilettes sèches près de l'école. Un grand trou, bien profond, quelques chicanes de bambous pour un peu d'intimité et me voilà accroupi, en train de faire le siège à Gigi. Précaution élémentaire, lui pschitter le derrière avant qu'une anophèle ne vienne lui inoculer la malaria.

La commission effectuée, alors que mes cuissots n'ont pas tellement bien supporté la position, j'essaie de me relever, à peine, et d'atteindre la poche de ma chemise pour un bout de papier toilette ou mouchoir. Peine perdue, mon fils aîné et ma femme m'ont déjà taxé jusqu'au moindre centimètre carré de ouate de cellulose... Pauvres de nous, pliés en quatre, dans le noir, sans eau. Inutile d'appeler à l'aide au milieu des poumpoum-tssssit... Je farfouille de partout dans mon pantalon, et finis par trouver la facture de change de 300 US$ de l'aéroport ; coupée en deux, elle fera l'affaire !

Peu après, nous sommes invités par le directeur à partager son repas. Dans le village, il fait nuit noir maintenant, et il n'y a pas l'ombre d'un électron. Seule l'école dispose de panneaux solaires, financés par un programme – chaque village que nous traversons bénéficie d'un ou plusieurs programmes, le plus souvent financés par l'Europe, plus rarement par les USA, le Japon ou encore la Corée. Ezequiel, lui, dispose d'une petite lampe à diodes qui se recharge durant la journée, et qui nous donne un peu de clarté autour du nsima. Nous prenons place autour de la table dans de vieux fauteuils troués, puis il passe vers chacun de nous pour nous laver les mains à l'eau chaude. Le nsima, sorte de polenta à la farine de fleur de maïs, est servi, accompagné de salade et tomate, et de morceaux de viande. De la chèvre. Du foie, et de l'intestin. Du foie, donc, et de l'intestin de chèvre. Ma foi... je regarde Steph du coin de l'oeil, sans trop insister non plus... Faut y aller. J'attrape dans le plat central une portion de nsima, en m’ébouillantant les phalanges, et la dispose à côté des boyaux. Je fais une boulette dans le creux de ma main, attrape un peu de salade, et croque dans un petit bout de viande. Franchement, le foie, « c'est pas pire ». Petit morceau après petit morceau, j'ingurgite le reste, tandis que la tactique de Steph'' consiste plutôt à faire de goulues bouchées le plus rapidement possible. Ce qui est interprété par notre hôte comme « j'en veux encore ». Elle est donc resservie, ce qui ne manque pas de me faire éclater de rire. Un rire que j'essaie de dissimuler en jouant avec Gigi. Les enfants se régalent du nsima

A part ce petit épisode entérique, nous passons une agréable soirée, en discutant de tout et de rien avec Ezequiel, qui nous a accueilli comme des rois, et qui dit être très content que nous ayons apprécié le plat typique de son pays.

Au retour à la tente, sous la clarté d'une resplendissante voie lactée et guidés par la croix du sud, nous nous glissons dans les draps de soie et nous faisons bercer par le bal des chauves-souris et les petits cris des tarentes, chacune à la recherche de moustiques à se mettre sous la dent.

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Commentaires

  • L'oeil du tigre (mercredi, 26. juillet 2017 22:00)

    Ah! Un bon moment... drôle... pour le lecteur!
    Bravo pour le texte et pour votre magnifique et immense capacité d'adaptation.
    Merci pour ce partage et haut les coeurs pour la suite.🖒🌞

  • Ingrid (vendredi, 28. juillet 2017 12:04)

    Magique !!
    Super bien écrit, on s'y croirait !
    Merci pour ces aventures par procuration, et bonne continuation.
    Bisous !

  • Patonne (dimanche, 30. juillet 2017 16:32)

    Merci pour ses bons moments de partage de l 'autre bout du monde. c'est drôle et attendrissant bien loin de chez nous, mais quel accueil.....
    j'adore, bonne continuation..

  • Al (jeudi, 03. août 2017 11:08)

    On est bien loin du temps où tu enlevais le gras du jambon !

  • Sophie Alex Flavie Zoé (jeudi, 03. août 2017 15:50)

    J'ai pris plaisir à vous lire. On pense bien à vous 4. Profitez

  • Dany (mardi, 08. août 2017 15:58)

    Super et merciiiiii pour ces moments de partage extraordinaires

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le 18/07 :

 

 

 

Enfin cette longue et pénible période de préparation prend fin. Le stress est grand avant le départ. Malaria, circulation, population, vélos dans l'avion, à quelle sauce allons-nous être dévorés. Pourtant... nous n'en sommes pas à notre coup d'essai ! Va savoir, c'est peut-être l'âge qui nous ôte un peu d'insouciance. A moins que ce soit la responsabilité des deux enfants...

Pour autant, la fin d'année a été laborieuse. Préparer le voyage tout en bouclant nos années scolaires respectives, avec de surcroît la charge de direction d'école pour Steph'', nous a quelque peu tendu. Alors, quand à l'aéroport de Genève, après quarante-cinq minutes de négociation avec le personnel au sol de la Luft, représenté par un membre de chez Swiss Air pour le vol affrété par South African Airways – le tout pour la Star alliance – accepte de prendre tous nous cartons contre une modique contribution de quelques dizaines d'euros, c'est un grand ouf de soulagement qui sort en stéréo de nous gosiers serrés et nos narines. Reste à passer contrôles et douanes. Formalités certes, mais qui prennent un peu de temps.

 

Dans les avions, Gigi, notre fils cadet, prend vite ses aises. Petit coucou, gros Airbus puis moyen A320, il vit sa vie, enchaîne les repas et les petits dodos, facile. Hijo - notre fils aîné qui porte ce surnom depuis notre traversée de l'Amérique du sud - quant à lui, s'est fait un copain sud-africain en attendant le vol à Munich. Il a passé sa nuit jusqu'à Johannesburg à regarder le petit écran incrusté derrière le cervelet de son voisin de devant et à polissonner avec son nouvel et éphémère acolyte. Steph'' et moi avons essayé de ne pas prendre trop de retard sur Morphée en tournoyant en vain à la recherche de la position la moins inconfortable.

 

Dans les avions, que des Blancs, ou presque. Le dépaysement n'est pas pour tout de suite. D'autant qu'à l'aéroport de Johannesburg, nous tombons sur une boutique Le Coq Sportif qui affiche en vitrine maillots, casquettes, T-shirts des Verts et photos immenses des joueurs...

 

Un dernier saut de puce jusqu'à Lilongwe, capitale du Malawi, où les passagers commencent à prendre quelques couleurs. Douanier plutôt commode, puis le fameux ''bagage claim'' où nos cartons tournent en attendant l'oblitération de nos passeports. Les vélos, eux, arrivent par une porte et on me demande d'appuyer sur l'arrêt d'urgence du tapis pour me les faire passer par dessus. Les cartons sont dans un sale état, c'est le moins que l'on puisse dire. Des trous, des coups, un morceau arraché, ils ont probablement passé un voyage moins agréable que le nôtre. Tant pis, ce qui est fait est fait, on verra bien à l'ouverture.

 

Il nous faut trois chariots pour mouvoir tout ce barda, et Hijo a suffisamment grandi pour en prendre en charge un, ça nous enlève une belle épine du pied. Nous essayons de n'éventrer personne avec nos vélos chargés en travers, et on nous aide à avancer jusqu'aux policiers. Grands sourires, joyeuses discussions, blagues, nous sommes dans l'ambiance. L'un d'eux nous demande de prendre place dans la remorque ! Et puis s'ouvre enfin la porte nous permettant d'entrer sur le territoire pour de bon. Enfin s'ouvre... pas assez pour nos encombrants ! Contorsions et nouveau coup de main, nous sommes scrutés par des dizaines d'yeux qui attendent leurs amis, familles, clients...

 

A peine deux pas, et nous voyons une très jolie petite fille, l'air un peu timide qui tient une feuille A4 avec mes nom et prénom. Elle se cache derrière son papa, le sourire qui lui fend le visage d'une oreille à l'autre. Kahma, rencontré sur les réseaux sociaux, va nous accueillir quelques nuits, le temps de nous tuyauter et de remonter les vélocipèdes.

 

A l'aide de quelques comparses, nous emboîtons les cartons dans le minibus affrété pour l'occasion, direction sa demeure. En route, une mini-tornade se forme sur la bas côté et envoie une épaisse gerbe de grains de sable à l'intérieur du véhicule – histoire de nous mettre dans l'ambiance et de nous couvrir de poussière - tout en projetant le seau d'une malheureuse vendeuse sous l'essieu avant. Dans un bruit de plastique frottant le macadam, notre chauffeur s'arrête avant que Kahma ne réussisse à décoincer l'intrus.

 

Dans les rues de la capitale, une certaine effervescence agite différents acteurs de l'économie. Supermarchés et stations services pour les quelques uns qui ont de gros moyens, ferrailleurs, électriciens, plombiers qui rivalisent d'imagination pour leur devanture, sur lesquelles on peut lire par exemple : « Jésus est grand, prénom et nom, métier » ou encore « Dieu sauvera le monde, prénom et nom, métier ». De nombreux petits vendeurs proposent babioles, boissons, en-cas, et cette remarquable petite délicatesse : la brochette de souris. Bouillies puis séchées au soleil, elles se mangent en entier, pattes, tête, boyaux, poils... Autant dire que nous attendrons encore quelques jours avant d'essayer !

 

 

Commentaires

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  • staron (mardi, 01. août 2017 15:44)

    coucou de mamy coco berne et jf du camping gros bisous a tous les trois

  • Patone (dimanche, 23. juillet 2017 17:00)

    C'est toujours avec le même plaisir que nous prenons connaissance des petits détails qui font votre aventure.
    c'est super d'être attendu en arrivant ... au Malawi. la brochette de souris alors !!!

  • AL (samedi, 22. juillet 2017 09:32)

    On attend vos commentaires sur la dégustation de souris...

  • L'oeil du tigre (mardi, 18. juillet 2017 20:10)

    Enfin les détails tant attendus! Lire et donc imaginer à partir de vos descriptions...un chouette moment où l'on se sent avec vous...🦁🐃🐵bisous et pensées positives.

  • coco (dimanche, 16. juillet 2017 18:06)

    salut à ts, EMILIO le futur champion qui s'entraîne sur les pistes Africaines.Merci de nous faire rêver de nouveau .
    BIZ

  • L oeil du tigre (dimanche, 16. juillet 2017 00:24)

    Équipage magique,un peu surréaliste !
    Quelle détermination.
    Et quelle maîtrise déjà!
    Des bisous et du courage pour vous accompagner. ❤😰🚲

  • fouilloux (samedi, 15. juillet 2017 22:34)

    trop plaisir de vous voir

  • zarfa (samedi, 15. juillet 2017 19:18)

    Heureusement que Djidji vous ouvre la route !

  • AL (samedi, 15. juillet 2017 11:41)

    Le chargement n'a pas l'aire facile à manipuler pour le papa, par contre GIGI file tout droit !

Départ imminent !